Comment reconnaître un stress chronique : cinq caractéristiques

D’après Cyrinne Ben Mamou, docteur en neurosciences et thérapeute (cyrinne.com)

Article 3 / Cinq caractéristiques du traumatisme

Rappelons tout d’abord que le traumatisme est un phénomène physiologique.

Il est la perception subjective d’une situation de danger (quel qu’il soit) par le système nerveux autonome responsable de notre survie. Ce système nerveux, qu’on appelle parfois pour faire vite le cerveau « reptilien » bascule alors instantanément dans une réaction de stress en « mode survie ». Une réaction ponctuelle de fuite, de combat ou de figement.

(Pour une compréhension plus approfondie de ce mécanisme, voir les articles précédents sur le stress).

Si les mécanismes qui permettent à l’organisme de revenir ensuite à un état d’apaisement et de libération de ce stress n’ont pas été respectés et achevés, ces réactions deviennent chroniques et le traumatisme s’installe.

Rappelons également que prendre conscience de son traumatisme est une attitude inconfortable et confrontante. Et qu’être dans le déni de son traumatisme n’est ni une tare ni un défaut, mais un mécanisme de protection.

Les indices de traumatismes sont le plus souvent :

  • les échecs récurrents (qu’ils soient sociaux, professionnels ou relationnels)
  • l’évitement de certaines situations de la vie ordinaire
  • des peurs excessives de situations de la vie ordinaire

1 – Les perturbations somatiques

Les perturbations somatiques sont la première caractéristique du traumatisme.

Ce sont le plus souvent des troubles qui affectent le système musculaire ou cardio-vasculaire, le système respiratoire ou urinaire, le transit, le système d’attention et de vigilance (tensions musculaires, contractions, mal de dos, nuque bloquée, sudation excessive, rosacée, angoisses, problèmes de sommeil…).

Les symptômes peuvent aussi être émotionnels, relationnels ou cognitifs (surréagir à une remarque, perdre ses moyens…) ou, à l’inverse, être dans une distanciation somatique (dissociation symptomatique). C’est l’anesthésie du rapport à soi et à son propre corps (moins sentir pour moins souffrir). Cette anesthésie ne permet de percevoir que le très agréable ou le très désagréable mais coupe de toute la palette des ressentis intermédiaires.

Processus de cercle vicieux, ces symptômes somatiques, qui sont au départ une conséquence du stress chronique interne, en deviennent également une cause, alimentant de plus belle …le stress chronique interne.

Le corps, lieu d’épanouissement originel, devient alors un corps subi, voir ennemi. Il devient, soit une « prison de glace », de figement, à l’intérieur duquel les perceptions sont amoindries, soit un « enfer », en activation permanente, avec un trop-plein de perceptions et des symptômes inflammatoires. Il n’est plus un allié pour vos choix de vie ; il n’est plus votre boussole intérieure, mais un fardeau.

2 – L’hypervigilance

Normale en situation de trauma, l’hypervigilance devient néfaste lorsqu’elle s’installe comme une habitude de tension face à des situations ordinaires et comme un rapport négatif au monde.

Vivre dans l’hypervigilance, c’est vivre dans l’anticipation permanente d’un danger potentiel et la méfiance dans chaque événement de vie.

Conséquence d’une alerte interne permanente, elle présente beaucoup moins d’avantages que d’inconvénients : Entretenant peurs et méfiances, elle perturbe le rapport à l’environnement et entraîne des dommages relationnels ; très énergétivore, elle provoque des dommages physiques (cf perturbations somatiques).

3 – L’anxiété

L’anxiété est une forme aggravée de l’hypervigilance qui cumule tension corporelle et processus de réflexions sur la manière d’envisager la vie. Le corps, contaminé par l’hypervigilance permanente et sa représentation négative du monde, développe non seulement un inconfort somatique – incapacité à être bien dans son corps ici et maintenant – mais également des ruminations mentales permanentes.

L’anxiété étant précédée par l’état physiologique de stress, (qui n’est que la conséquence de l’activation somatique créée par le système nerveux autonome), il est particulièrement difficile de la contrôler.

(Il est à noter que la méditation, qui est une des meilleures thérapies au stress, est déconseillé aux personnes anxieuses, qui doivent d’abord apaiser leur hypervigilance, cause initiale et moins consciente de leur anxiété).

Ces trois formes de stress, si elles restent contextuelles, ne sont pas des traumatismes. Mais si elles sont généralisées et régulières, on peut alors parler de stress traumatique.

On parle alors de stress traumatique car elles font perdre le contact avec la réalité. Bien sûr, chacun a sa vision de la réalité. Mais plus nous fonctionnons en mode de stress chronique, plus nous nous éloignons de la réalité, car le corps ne nous donne plus une mesure fiable de notre environnement.
Nos canaux sensoriels qui – en principe – véhiculent les informations de l’environnement vers notre système nerveux, vont – en situation de stress chronique – entretenir une information de stress en réverbération.

Ce qui fait que, même si nous sommes conscient qu’il n’y a pas de « danger » (de raison de stresser), nos sens nous disent l’inverse. Le fossé se creuse alors entre nos sens et notre raison et notre corps est « déboussolé ».

4 – le sentiment d’aliénation 

L e résultat de ces stress traumatiques est que notre corps en souffrance devient notre bourreau puisque nous prenons des décisions à partir de notre état de survie et d’un corps auquel on ne peut plus se fier ; nous faisons des choix de vie qualitativement très différents de ceux faits à partir d’un corps qui procure la paix et la confiance ainsi qu’une mesure fiable de notre environnement.

Disons que si le concept « d’âme » a un sens pour vous, alors on peut dire que l’état de stress nous coupe de notre âme.

Même si nous « fonctionnons » à peu près normalement dans la société, nous sommes incapables d’accéder à notre boussole interne et donc incapables de faire preuve de créativité de vie ; nous avons recours à des repères externes inadéquats à notre véritable nature, nous développons une tendance à l’hyper rationalisation et à l’hyper normalisation, ce qui conduit à la perte de notre motivation existentielle.

5 – L’impuissance existentielle

L’impuissance existentielle, c’est rester victime de son cerveau reptilien qui enferme dans des habitudes, certes, sécurisantes mais fait obstruction au pouvoir d’action et de créativité présent en chacun de nous.

Pour combattre cette impuissance, il s’agit de retrouver les ressources personnelles de notre corps, mais nous attribuons généralement nos échecs aux événements extérieurs ; nous restons victimes des « circonstances » car coupés de notre pouvoir personnel.

Pour sortir du piège de l’impuissance, il s’agit donc de sortir de l’inconscience de notre état de stress chronique :

  • En augmentant notre conscience somatique (en développant ses sens et la conscience de son état physiologique par des pratiques psycho-corporelles).
  • Et en commençant par nous demander : « Quand je vis une situation problématique, quelles caractéristiques de stress  je vis ? »