Neuf pistes pour sortir de ses traumatismes

Article 5- Neuf pistes pour sortir du traumatisme

D’après Cyrinne Ben Mamou, docteur en neurosciences et thérapeute (cyrinne.com)

Piste n°1 : Devenir expert de sa physiologie

On a tous besoin de comprendre et de rationaliser ce qui se passe dans nos vies. Du reste, nous vivons dans des sociétés hyper rationalistes où l’irrationnel est relégué au rang de superstition sans fondement.

Pourtant nos réactions biologiques naturelles ne sont pas rationnelles. Et la partie de notre physiologie qui contrôle le traumatisme (la partie la plus archaïque) ne répond pas non plus à une logique rationnelle.

Même si elles sont en contradiction avec nos enjeux de vie de croissance et de créativité, les stratégies de survie que notre cerveau reptilien juge efficaces seront répétées tant que nous n’apprendrons pas à « fonctionner » autrement. Car c’est toujours l’enjeu fondamental de survie qui prend le dessus sur les autres. Dusse-t-il nuire à notre épanouissement.

(Ces stratégies de survie sont, généralement, soit d’entrer dans un rapport de force avec son propre corps et ses propres émotions, soit, à l’inverse, de se laisser submerger par elles et d’abandonner la partie).

Notre évolutivité dépend donc d’abord de la connaissance de notre physiologie pour nous engager dans une relation d’écoute et de compréhension de notre corps (cf ci-dessous  l’article 3 – Cinq caractéristiques du stress chronique).

D’autant que la volonté de sortir de son traumatisme sera aux prises avec des résistances tenaces dues à notre besoin de sécurité (s’en tenir à ce que l’on connaît).

Piste n°2 : (Ré) investir son corps

Face aux troubles somatiques liés au traumatisme, il se produit souvent une distanciation somatique. Le plus souvent, on ignore nos émotions…parce qu’on ne sait pas quoi en faire (cf article 2 – Trauma et traumatisme).
Pour regagner la capacité d’autorégulation de son système nerveux autonome, il s’agit donc de travailler de nouvelles connexions neuronales entre notre cerveau et ce système nerveux autonome inconscient en créant de nouvelles habitudes comportementales et émotionnelles. Danse, marche, course, vélo, yoga, massothérapie, sophrologie, somato-pédagogie…Toutes les disciplines qui approfondissent la conscience somatique (présence au corps) et qui travaillent sur l’accueil des émotions sans jugement et sans réaction de défense immédiate sont à explorer.

Piste n°3 : (Ré) apprendre à respirer

Dans le trauma, la respiration est affectée : Accélération respiratoire en cas de fuite ou de lutte, diminution de l’amplitude respiratoire en cas de figement.
Dans le traumatisme, il se produit les mêmes mécanismes et l’altération régulière de la respiration entretient un signal de stress interne permanent.

En régulant sa respiration, ce qui est possible par la simple volonté (ou en s’aidant de toutes les pratiques psycho-corporelles basées sur le souffle), on peut rétablir un rythme et une amplitude respiratoires qui amènent l’apaisement du rythme cardiaque. Rythme cardiaque qui envoie lui-même un signal d’apaisement au système nerveux central. La respiration est donc la voie royale pour réguler son stress.

Piste n°4 : (Ré) éduquer son attention

En cas de stress traumatique, des signaux proprioceptifs* de détresse se déclenchent : l’attention se focalise alors sur la recherche d’une origine externe au stress (d’un « danger ») et le cerveau élabore des scénarios alarmants.

Il s’agit donc de créer de nouvelles habitudes attentionnelles pour ne plus se laisser conditionner par nos mémoires traumatiques inconscientes.

La méditation est la meilleure méthode pour rééduquer notre attention car elle oriente notre attention sur le souffle et le corps et balaie les ruminations mentales.

D’autres méthodes existent, comme le neurofeedback (ou biofeedback) et toutes les pratiques orientées sur la pleine présence au corps (yoga, relaxation, sophrologie…).

La clé du succès étant moins dans le choix de telle ou telle méthode que dans la régularité de sa pratique.

*La proprioception ou sensibilité profonde désigne la perception, consciente ou non, de la position des différentes parties du corps.

 

Piste n°5 : Se (re)centrer sur le présent

Quand on souffre d’un stress chronique, on rumine (le passé), on angoisse (pour le présent) et on se projette négativement (dans le futur).
Il s’agit donc d’abord d’être conscient que des événements passés affectent notre présent et engendrent les mêmes comportements, les mêmes réactions et les mêmes enjeux que lorsqu’on les a vécus.

Mais il s’agit surtout de se recentrer sur le présent pour pouvoir s’intéresser aux enjeux actuels de notre vie. A nous de définir nos ambitions pour agir et être le moteur de notre changement.

Piste n°6 : Se responsabiliser

Se responsabiliser ne veut pas dire se culpabiliser.

Se responsabiliser, c’est développer sa capacité à répondre à n’importe quelle situation de vie et sa capacité à s’engager, à agir, à exercer son pouvoir personnel.

Piste n°7 : Choisir ses fréquentations

Personnes, livres, médias, infos, loisirs, environnement… Tout ce qui nous entoure, tout ce à quoi nous nous exposons nous influence, en positif comme en négatif.  La résilience est contagieuse. Le traumatisme et le stress aussi. Evitez le plus possible de fréquenter des personnes qui sont dans le traumatisme, le stress, le ressassement.

 

Piste n°8 : Ecouter ses rêves

Les rêves en phase de sommeil sont une source fertile d’inspiration et de connaissance de soi.

Les rêves en phase éveillée sont aussi une source d’inspiration pour nos ambitions de vie.

Piste n°9 : Demander de l’aide

Le stress chronique perturbe notre rapport à notre corps, aux autres, aux circonstances et au temps. Demander de l’aide, c’est déjà rétablir un rapport non altéré à ce qui nous arrive.