Les 8 pièges qui dégradent notre qualité de vie

Article 4 / Huit pièges du traumatisme

D’après Cyrinne Ben Mamou, docteur en neurosciences et thérapeute (cyrinne.com)

Notre qualité de vie dépend de deux types de facteurs :

  • Les facteurs contrôlables : les habitudes constructives
  • Les facteurs incontrôlables : les habitudes toxiques, incontrôlables, enracinées dans un mode de fonctionnement physiologique inconscient

Piège n°1 : Le déterminisme

C’est la croyance invisible, mais vécue comme une réalité absolue, que les traumas sont la cause de nos souffrances actuelles et que, puisqu’on ne peut pas remonter le temps, on ne peut pas sortir de sa souffrance. (Même si, en réalité, la douleur traumatique se résorbe pour faire place au traumatisme). Ainsi, le traumatisme devient notre identité.

Pourquoi reste-t-on coincé dans cette impasse :

Le déterminisme, c’est un peu comme si on était tombé et qu’on restait à terre ; le déterminisme, c’est l’incapacité à se remettre debout, à se guérir, même avec toute la bonne volonté du monde.

Cette incapacité est le plus souvent liée à notre besoin de justice :

Une raison externe nous a fait chuter (vous n’êtes pas tombé tout seul, on vous a poussé), mais personne autour de vous ne reconnaît le préjudice subi.

Entretenir son statut de victime en restant à terre est donc une façon de protéger ses valeurs de justice. Pour que, justement, l’injustice reste visible. Car si vous guérissez, il n’existera plus aucune trace du trauma que vous avez subi.

Piège n°2 : Le pseudo-pouvoir

C’est remodeler ses valeurs morales en fonction de son déterminisme, s’adapter à un échec ou à un abandon en valorisant cette posture d’échec par de pseudo-valeurs.

Cette adaptation à l’échec est le plus souvent liée à notre besoin de dignité :

L’impuissance est travestie en vraie puissance pour se donner une illusion de pouvoir.

Piège n° 3 : La fuite

La fuite est une habitude active.

La fuite de soi et de son corps : ne pas prendre soin de soi, ne pas sentir son corps.

La fuite de la conscience : ne pas être présent à soi, s’occuper de tout et de tout le monde, sauf de soi, voir même être dans le sacrifice de soi et au service des autres. Ou à l’inverse, être dans l’excès d’analyse de soi et des autres. Développer des pensées excessives sur son trauma. Ressasser le passé ou se projeter dans un avenir lointain qui entretient une illusion de soi.

La version destructrice de la fuite, ce sont les addictions, les consommations compulsives, les dépendances toxiques.

La fuite n’est pas lâcheté mais incapacité à accepter son incarnation.

Piège n°4 : La démission

La démission est une habitude passive. C’est le paroxysme de l’impuissance.

Une attitude qui consiste à confondre lâcher-prise (renoncer à contrôler ce qui est incontrôlable) et laisser tomber (abandonner son pouvoir de contrôler ce qui est contrôlable). La première proposition est une manifestation de sagesse, la deuxième une manifestation d’impuissance.

Comme d’autres pièges du traumatisme, la démission peut être invisible parce que nous continuons de « fonctionner » dans le quotidien.

Piège n°5 : L’isolement

Le sentiment d’insécurité est central dans le traumatisme. Un sentiment qui peut être très judicieux dans certaines situations de danger réel ou réellement imminent (trauma) ou bien pour prendre le temps de se guérir de blessures physiques ou émotionnelles profondes. Un peu comme quand on se casse une jambe : il faut rester immobilisé pour que l’os se répare dans la bonne position et que les tissus se régénèrent. Mais il est néfaste de rester immobilisé trop longtemps et de ne pas se remettre en mouvement  car, alors, on crée une situation de handicap.

C’est la même chose sur le plan émotionnel : L’isolement, l’enfermement, l’évitement deviennent des stratégies défensives à long terme. Mais éviter les situations difficiles, c’est éviter d’apprendre, éviter de grandir, éviter de se nourrir. C’est au contraire faire grandir la peur de retourner dans le monde.

Confondre autonomie et autosuffisance est un des traits caractéristiques de l’isolement. L’autonomie, c’est savoir vivre en interdépendance, se faire aider sans tout attendre des autres, aider autrui sans craindre de se faire « envahir ». L’autonomie est une co-création.

L’autosuffisance, c’est la difficulté à reconnaître qu’on a besoin des autres, c’est un fantasme d’indépendance irréaliste.

En fait, l’isolement traduit notre difficulté à prendre soin de notre besoin d’être en sécurité. On ne sait pas comment s’y prendre.

 

Piège n°6 : Les dépendances

Notre système nerveux oriente notre comportement pour l’optimiser : maximiser les gains et minimiser les pertes.

Le problème, c’est qu’il existe deux sortes de gains : les gains immédiats et les gains différés. Or le stress traumatique commande systématiquement des choix de gains immédiats. Car s’orienter vers des gains différés, c’est devoir faire face à un délai entre le choix, l’action et le gain. Ce qui implique de tolérer le risque et toute l’insécurité ou l’anxiété qu’on peut vivre durant ce délai.

En revanche, le gain immédiat permet le contrôle et la sécurité à court terme. Mais condamne à la répétition. Nous devenons alors dépendants d’un mode de fonctionnement et ne parvenons pas à le modifier, par peur de la prise de risque que cela implique.

Piège n°7 : La honte

La honte (qui n’est pas toujours consciente) est un sentiment d’inadéquation, d’infériorité ou d’insuffisance.

Elle peut concerner ce qui s’est passé pendant le trauma (on a honte de son trauma) ou bien toucher au traumatisme (on a honte de ses habitudes, de ses dépendances).

La honte s’accompagne souvent de dissimulation, voir d’un sentiment d’imposture : on cache aux autres qui l’on est ou ce que l’on fait vraiment pour les protéger et ne pas les décevoir, mais cette dissimulation nous rend encore plus honteux. Le jugement négatif qu’on porte sur soi-même alimente donc un cercle vicieux dans lequel on est littéralement enfermé.

Piège n°8 : L’attentisme

L’attentisme est l’espérance passive de rencontrer un sauveur (ou bien une prise en charge providentielle, des circonstances favorables, « des signes » du destin…)  ou que le temps arrange les choses.

Le contraire de l’attentisme, c’est savoir demander de l’aide.

 

 

Le méta-piège : Passer d’un piège à l’autre sans sortir d’aucun